Le Château de Prangins – Musée national suisse accueille les expositions World Press Photo 2026 et Swiss Press Photo 26. Pour cette treizième édition, les photos sélectionnées saisissent l’actualité suisse et internationale par-delà les mots. Quand la parole reste muette, les images des reporteurs et reportrices donnent à voir le monde dans son foisonnement vertigineux.
Cette année, World Press Photo 2026 et Swiss Press Photo 26 rassemblent des travaux – plus de 300 en tout, internationaux et nationaux – en quête de l’indicible, entre témoignage et dénonciation. En 2025, face à la parole qui bégaie parfois, confrontée à la démesure du réel, l’image photographique a plus que jamais cherché à dévoiler la douleur de la perte, le désarroi de l’exil, l’horreur de la destruction, les cris de survie, mais aussi le bonheur des retrouvailles, la puissance des passions, la joie d’exister.
En Suisse
Parmi les lauréats et les lauréates de la Fondation Reinhardt von Graffenried, Laurent Gilliéron (de l’agence Keystone-ATS) suggère une immersion hallucinée, qui vaut mille phrases, dans ce qui reste du village de Blatten en Valais, quelques mois après l’effondrement du glacier du Birch.
Sombre et évocatrice, la série de Flavia Leuenberger Ceppi pour le quotidien Le Temps rassemble les signes (marques, blessures, empreintes) comme un lexique épouvantable des violences faites aux femmes au sein de leur couple – jusqu’au féminicide pour certaines.
À scruter également, le regard en noir et blanc de Gabriel Monnet, pour L’illustré, sur la Fête fédérale de gymnastique qui s’est déroulée à Lausanne en 2025. Les tirages, quasi évanescents, trahissent l’ampleur d’un événement qui a laissé des milliers de spectateurs bouche bée.
Dans le monde
La photo de l’année du World Press Photo,
Séparés par l'ICE de l’Américaine Carol Guzy (ZUMA Press, iWitness, pour le Miami Herald), prise en août 2025, capte et exprime toute la détresse inconsolable d’une famille mexicaine séparée du père à la suite du durcissement de la législation sur l’immigration aux États-Unis. Plus éloquente qu’un long plaidoyer, elle documente et dénonce à la fois une politique qui broie les individus et leurs espoirs.
Ou encore à Gaza,
Crise de l’aide à Gaza de Saber Nuraldin (EPA Images), finaliste palestinien du World Press Photo, découpe un morceau de la tragédie palestinienne. Clandestine et assourdissante, par la force de son cadrage net et évident, la photo révèle en un coup d’œil tout un peuple proche du néant. Et qui, pourtant, s’agrippe à soi-même pour rester en vie dans une immense mêlée où l’humanité se perd dans la poussière.