Colonialisme. Une Suisse impliquée
Dès le 16e siècle, la société suisse s’inscrit dans un réseau mondial d’échanges, notamment avec les empires coloniaux européens. L’exposition montre les implications de Suissesses et de Suisses dans des domaines d’activité liés au colonialisme. Ceux-ci incluent notamment la participation à la traite des personnes réduites en esclavage, le service mercenaire dans les colonies et la recherche scientifique justifiant l’exploitation d’êtres humains et de ressources naturelles.
L’exposition présente également des figures qui se sont opposées et ont résisté au colonialisme : des personnalités et institutions helvétiques, mais également des personnes réduites en esclavage et colonisées, même si dans leur cas les traces sont rares.
L’héritage du colonialisme européen façonne encore le monde d’aujourd’hui. Dans sa dernière partie, l’exposition invite le public à se confronter aux débats actuels.
Sommaire
Cette carte donne accès à quelques-uns des lieux d’implication coloniale de la Suisse. D'autres informations se trouvent dans les chapitres ci-dessous.
Et aujourd’hui?
Dès la fin du 16e siècle, les mercenaires suisses servent dans les armées coloniales européennes et participent à de violentes campagnes de conquête ainsi qu’au maintien de l’ordre colonial.
Le chômage et le dénuement, mais aussi des modèles de masculinité prônant l’héroïsme et la soif d’aventure, sont des facteurs déterminants qui poussent à s’enrôler dans des armées étrangères. Le mercenariat est certes interdit en 1859, mais le service étranger demeure possible. Des milliers de jeunes Suisses servent dans la Légion étrangère française ainsi que dans l’armée royale des Indes néerlandaises en Asie et en Afrique coloniales.
Dès 1600, les gouvernements coloniaux fondent des colonies dites de peuplement, où des Européennes et Européens cultivent des territoires prétendument sans propriétaire et se consacrent au commerce. Ces territoires sont en réalité disputés à la population autochtone.
Même si la plupart des émigrantes et émigrants suisses sont issus de milieux modestes, bon nombre profitent, à long terme, en tant que personnes blanches, des structures de pouvoir en place et contribuent à chasser par la violence la population autochtone – surtout en Amérique du Nord et du Sud, mais aussi par endroits en Asie et en Afrique.
Depuis le 16e siècle, des missionnaires suisses sont actifs dans presque toutes les régions du monde pour apporter la foi chrétienne aux personnes qui y vivent. Une des premières et des plus grandes œuvres missionnaires évangéliques d’Europe est la Mission de Bâle.
Des missionnaires – femmes et hommes – érigent des hôpitaux et des écoles en collaboration avec les autorités locales. S’il leur arrive parfois d’être à l’origine de transformations sociales, ils entretiennent souvent une vision paternaliste de leurs relations avec la population autochtone. De retour dans leur pays d’origine, les missionnaires transmettent l’image de cultures inférieures dans les territoires colonisés.
Jusqu’à la fin du 17e siècle, la prétendue supériorité de la culture chrétienne est considérée comme une expression de l’«ordre divin». Dans le sillage du siècle des Lumières, celui-ci est toutefois remis en question.
Au tournant du 19e siècle, des scientifiques formulent en Europe des «théories raciales» pseudo-scientifiques qui ne justifient plus la prétendue supériorité de la «race blanche» par la religion, mais par des facteurs «naturels» incluant des caractéristiques physiques, telles que la structure des cheveux, la couleur des yeux ou la forme du crâne. Ces «théories raciales» contribuent fortement à légitimer la domination impériale et l’exploitation des «races étrangères» dans les colonies.
Aujourd’hui, l’idée de «races humaines» est officiellement réfutée, notamment grâce à la recherche génétique.
Chercheurs suisses sur les «races humaines»
Les formes du racisme au quotidien
Au début du 20e siècle, l’émergence de la publicité et les «zoos humains» témoignent de l’image stéréotypée associée aux personnes provenant des territoires coloniaux. Les représentations racistes infusent toute la société et se retrouvent dans différents médias, y compris dans des livres scolaires ou pour enfants.
La diffusion de stéréotypes et de préjugés a pour conséquence que certains groupes sont perçus en Suisse comme étrangers. Parmi eux figurent les personnes noires et musulmanes, mais aussi les membres des communautés rom, sinti et yéniche ainsi que la population juive. Leur quotidien est marqué par des formes de racisme, d’antisémitisme et de discrimination.
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