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Colonialisme. Une Suisse impliquée

Dès le 16e siècle, la société suisse s’inscrit dans un réseau mondial d’échanges, notamment avec les empires coloniaux européens. L’exposition montre les implications de Suissesses et de Suisses dans des domaines d’activité liés au colonialisme. Ceux-ci incluent notamment la participation à la traite des personnes réduites en esclavage, le service mercenaire dans les colonies et la recherche scientifique justifiant l’exploitation d’êtres humains et de ressources naturelles.

L’exposition présente également des figures qui se sont opposées et ont résisté au colonialisme : des personnalités et institutions helvétiques, mais également des personnes réduites en esclavage et colonisées, même si dans leur cas les traces sont rares.

L’héritage du colonialisme européen façonne encore le monde d’aujourd’hui. Dans sa dernière partie, l’exposition invite le public à se confronter aux débats actuels.

Sommaire

Cette carte donne accès à quelques-uns des lieux d’implication coloniale de la Suisse. D'autres informations se trouvent dans les chapitres ci-dessous.

Esclavage

Afin d’exploiter des plantations dans les colonies des Caraïbes, d’Amérique du Nord et du Sud, les négociants européens déportent, entre le 16e et le 19e siècle, plus de 12 millions d’individus d’Afrique. La traite transatlantique constitue à ce jour la plus grande déportation de masse répertoriée et crée les conditions permettant au racisme de se développer.

Plus de 250 entreprises et particuliers suisses prennent part à la traite et à la déportation de quelque 172'000 personnes. La déshumanisation des personnes réduites en esclavage est la condition préalable à cette forme d’exploitation.

Richesse à travers l’exploitation

La traite atlantique atteint son apogée au 18e siècle. Des villes comme Berne et Zurich investissent dans le commerce des esclaves: toutes deux sont actionnaires de la South Sea Company britannique, qui déporte plus de 38’000 personnes réduites en esclavage.

Action de la South Sea Company, Londres, 1729 | Sammlung des Schweizer Finanzmuseum, Zürich

Fabricant, négociant, investisseur
La maison Christoph Burckhardt & Cie produit des indiennes à Bâle et fait du commerce de denrées coloniales. La famille Burckhardt finance 21 traversées de traite au cours desquelles 7’350 personnes réduites en esclavage sont déportées.

Extrait de compte pour le navire de traite Le Cultivateur, Ch. Burckhardt & Cie, Bâle,
1815–1817 | Schweizerisches Wirtschaftsarchiv, Basel

Dégradées au rang de fret, les personnes réduites en esclavage sont déportées avec une violence monstrueuse dans les colonies. L’esclavage n’est pas une invention du colonialisme européen. Il existait déjà un commerce interne de personnes réduites en esclavage en Afrique, ainsi qu’une traite gérée par des nations arabes. Cependant, le commerce triangulaire représente une nouvelle dimension dans la capitalisation du corps humain.

Indiennes | © Musée national suisse

Indiennes
Les toiles de cotons imprimées sont une monnaie d’échange importante du commerce esclavagiste. Ce fragment est probablement le seul tissu conservé ayant été produit spécialement pour être échangé contre des personnes réduites en esclavage.

Le lion et la chèvre, Manufacture Petitpierre & Cie, Nantes, vers 1790, impression au bloc de bois sur coton | Musée national suisse

La possession de personnes réduites en esclavage

Depuis le 17e siècle, des particuliers suisses possèdent des plantations cultivées par des personnes réduites en esclavage, par exemple dans les Caraïbes et au Brésil. L’exploitation de cette main d’oeuvre servile constituée de femmes, d’enfants et d’hommes leur permet de s’enrichir considérablement. Des entrepreneurs et des mercenaires suisses possèdent, eux aussi, des personnes réduites en esclavage dans les colonies européennes. On sait que certains d’entre eux les emmènent en Suisse. En Asie, il arrive également que des mercenaires vivent avec des femmes asservies.

Et aujourd’hui?

Des demandes de réparation liées au crime de l’esclavage existent depuis des années. Cette question complexe n’a toujours pas été tranchée. L’historien Hans Fässler met les choses en perspective. Les images du photographe suisso-brésilien Dom Smaz rappellent le passé suisse du village Helvécia (Brésil), où le souvenir de l’esclavage perdure chez les descendantes et les descendants.

Une colonie suisse au Brésil

Le village Helvécia dans le Nord-Est du Brésil était connu sous le nom de Leopoldina, une colonie germano-helvétique active dans la culture du café. Des personnes réduites en esclavage travaillaient dans ces plantations, notamment dans celle du Suisse Johann Martin Flach, nommée «Helvétia».

En 1888 le Brésil abolit l’esclavage, libérant quelque 2'000 personnes à Helvécia, dont le grand-père de Dona Cocota.

Dom Smaz, Dona Cocota, Helvécia, Brésil, 2015 | Musée national suisse

Descendants et descendantes

Le photographe Dom Smaz et la journaliste Milena Machado Neves se rendent à Helvécia et décident de raconter l’histoire du village, où se côtoient aujourd’hui des descendants et descendantes de personnes réduites en esclavage et de familles d’anciens colons suisses, dont les Sulz.

Dom Smaz, Carlos Henrique Cerqueira (petit-fils de Henrique Sulz), Helvécia, Brésil, 2017 | Musée national suisse

Commerce

Depuis le 16e siècle, les Suisses sont actifs dans le commerce de denrées dites coloniales: épices, tabac ou thé en provenance des territoires d’outre-mer. Par la suite, ce sont surtout les textiles la principale monnaie d’échange dans le commerce triangulaire transatlantique – une activité fort lucrative pour les maisons de commerce.

Dès le milieu du 19e siècle, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est servent de débouchés pour les produits industriels européens et en contrepartie l’Europe importe des matières premières pour stimuler sa production industrielle. En Suisse, un pays pauvre en matières premières, certaines maisons de commerce profitent de la situation pour se hisser au rang des principaux négociants en matières premières au monde.

Cacao

Le cacaoyer ne pousse que dans les régions tropicales. Au 18e siècle, le cacao est une des principales matières premières récoltées par les personnes réduites en esclavage. Il est vendu sur le marché mondial, notamment par des sociétés suisses. Le cacao ne passe d’Amérique du Sud en Afrique qu’au 19e siècle.

Fruit de cacao, cacahuatl (Nahuatl, langue aztèque), Ghana, 2024 | Musée national suisse

Aire de séchage du cacao à Accra
Fondée en 1859, la bâloise Missions-Handlungs-Gesellschaft naît de la Mission de Bâle. Elle est active dans le commerce du cacao et cultive des cacaoyers. Dès 1921, l’Union Trading Company est une des plus grandes sociétés commerciales de Suisse.

Accra, aire de séchage du cacao, vers 1904/1905 | Mission 21, Bestand der Basler Mission 

La Missions-Handlungs-Gesellschaft est membre du cartel des sociétés européennes de commerce et peut ainsi faire pression sur les prix de production et entraver la concurrence des sociétés africaines présentes sur le marché. Sur la photo: travailleurs locaux et gardien vêtu de «blanc colonial» – l’image exprime clairement la disparité de pouvoir.

Le commerce de transit

Les entreprises de commerce de transit échangent des matières premières sans que les marchandises passent par le pays où elles ont leur siège. Grâce au libre accès aux marchés et à une capitalisation élevée, des entreprises telles que la bâloise Missions-Handlungs-Gesellschaft ou Volkart & Cie génèrent d’importants bénéfices et profitent du fait que les colonies se tournent vers la production de matières premières.

Dès 1880, la baisse des prix des transports et les nouvelles technologies de communication entraînent un énorme essor du commerce; la Suisse devient l’une des principales plaques tournantes du négoce des matières premières.

Carte mondiale de la culture du coton

Dès 1870, la société bâloise Volkart & Cie est le quatrième plus grand exportateur de coton indien. À partir des années 1930, Volkart doit chercher de nouveaux débouchés, qu'il trouve en Chine et au Japon. La carte montre les principales régions cotonnières du monde.

The Main Cotton Exporting Countries, Orell Füssli, Zurich, 1951 | Stadtarchiv Winterthur, Firmenarchiv Gebr. Volkart, Dep 42/951

Pourquoi la Suisse – un pays sans ses propres matières premières et à la topographie défavorable – est-elle si riche?
L’état actuel des recherches ne permet pas de répondre à la question de savoir si la Suisse (en tant qu’État) est devenue riche grâce aussi à ses imbrications coloniales. Des entreprises et familles individuelles ont sans aucun doute profité du colonialisme tandis que, vers 1900, la majeure partie de la population était encore pauvre et défavorisée.

Des mythes et des faits: sur l’origine de la richesse suisse, débat avec Markus Somm, journaliste et historien, et Hans Fässler, historien, Echo der Zeit, 21 décembre 2021

Navire marchand

Ce navire marchand est construit en 1859 sur mandat de J.C. Kuhn, négociant suisse en coton et consul au Texas. En 1860, il transporte à Liverpool sa première cargaison de coton récolté par des personnes réduites en esclavage.

Samuel Walters, Vue du navire de Johann Conrad Kuhn, Liverpool, 1859, huile sur toile | Musée national suisse

Et aujourd’hui?

En 2021, la Suisse compte quelque 960 sociétés de négoce de matières premières, qui gèrent environ un quart des transactions liées à cette activité. 

Le Nord global continue de générer des bénéfices sur les matières premières au détriment du Sud global, qui supporte la lourde charge des dégâts environnementaux et des conditions de travail inhumaines. Les populations ne profitent guère de la richesse de leur pays. Les sociétés de négoce de matières premières seraient-elles les nouvelles puissances coloniales?

Mercenariat

Dès la fin du 16e siècle, les mercenaires suisses servent dans les armées coloniales européennes et participent à de violentes campagnes de conquête ainsi qu’au maintien de l’ordre colonial.

Le chômage et le dénuement, mais aussi des modèles de masculinité prônant l’héroïsme et la soif d’aventure, sont des facteurs déterminants qui poussent à s’enrôler dans des armées étrangères. Le mercenariat est certes interdit en 1859, mais le service étranger demeure possible. Des milliers de jeunes Suisses servent dans la Légion étrangère française ainsi que dans l’armée royale des Indes néerlandaises en Asie et en Afrique coloniales.

Contrôle des colonies

Entre 1783 et 1788, le régiment de Meuron est stationné dans la colonie hollandaise du cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud. Il est par la suite envoyé sur l'île de Ceylan (Sri Lanka), où il participe à des expéditions contre le royaume de Kandy.

A. von Escher, Les régiments suisses au service étranger, 1850-1900, lithographie | Musée national suisse

Hans Christoffel

Le Grison Hans Christoffel (1865–1962) passe de simple soldat à l’un des officiers les plus décorés de l‘armée royale des Indes néerlandaises. Il est connu pour son style de commandement militaire autoritaire et son absence de scrupules. 

De 1905 à 1910, Christoffel dirige sa propre brigade, la tristement célèbre «Colonne Tigre», qui se livre à de féroces combats. Elle commet de nombreuses exactions: tortures, exécutions et enlèvements. Sur l’île de Florès (Indonésie), Christoffel ordonne un massacre.

Portrait du mercenaire suisse Hans Christoffel, photographie, s.d. | Collectie Museum Bronbeek

Et aujourd’hui?

Jusque tard dans le 20e siècle, les mercenaires suisses sont célébrés comme des héros, des hommes forts prêts à s’engager dans les batailles. On occulte le fait qu’ils ont contribué à imposer des régimes violents, qu’ils ont souvent perdu la vie ou sont rentrés en Suisse gravement traumatisés par les violences vécues.

Dans les anciennes colonies, le souvenir des mercenaires et de leurs exactions marquent encore la population, comme Thomas Mite, dont le père a échappé de peu au massacre ordonné par Hans Christoffel lorsqu’il était âgé de dix ans.

Témoignages sur les massacres de Florès (Indonésie), 1907-1908, sous le commandement du capitaine Hans Christoffel

En 2008, l’ethnologue zurichois Edgar Keller et son collègue Yoseph Agato Sareng ont interrogé des habitantes et habitants de Florès dont les parents et grands-parents ont été témoins des massacres de 1907 ordonnés par Hans Christoffel. En 2023, Keller et Sareng interviewent à nouveau les descendantes et descendants. 

Film d’Edgar Keller, à la demande du Musée National Suisse, 2023

Colonies de peuplement

Dès 1600, les gouvernements coloniaux fondent des colonies dites de peuplement, où des Européennes et Européens cultivent des territoires prétendument sans propriétaire et se consacrent au commerce. Ces territoires sont en réalité disputés à la population autochtone.

Même si la plupart des émigrantes et émigrants suisses sont issus de milieux modestes, bon nombre profitent, à long terme, en tant que personnes blanches, des structures de pouvoir en place et contribuent à chasser par la violence la population autochtone – surtout en Amérique du Nord et du Sud, mais aussi par endroits en Asie et en Afrique.

New Bern

Christoph von Graffenried fonde en 1710 la colonie de New Bern, dans l'actuelle Caroline du Nord aux États-Unis. La puissance coloniale anglaise lui attribue un territoire de 16'200 hectares. Là vivent déjà des familles du peuple Skarù·ręʔ (appelé aussi Tuscarora), qui se battent depuis des années pour leur indépendance.

 

La guerre éclate en 1711. Les Skarù·ręʔ attaquent New Bern et détruisent presque entièrement la ville. En 1712, ils perdent le combat: des centaines de personnes sont tuées ou capturées et réduites en esclavage.

Capture

Von Graffenried se lance avec le Britannique John Lawson dans une expédition en territoire Skarù·ręʔ et est fait prisonnier. Lawson est exécuté, von Graffenried est libéré.

 

Dessin de la capture, in: Bericht über die Reise nach Amerika und die Gründung von New Bern, Christoph von Graffenried, vers 1715 | Burgerbibliothek Bern, Mss.Mül.466 (1), p. I

San Carlos

Lorsque, dès 1809, les pays d’Amérique du Sud s’émancipent des puissances coloniales espagnole et portugaise, des États libres voient le jour, gouvernés par des élites blanches et créoles. Celles-ci sont censées devenir des sociétés blanches d’après le modèle européen.

Entre 1856 et 1896, plus de 20 colonies de peuplement suisses, comme celle de San Carlos, sont fondées en Argentine – en grande partie par des paysans appauvris provenant des vallées alpines valaisannes.

Pauvreté
De nombreux colons – femmes et hommes – ont quitté la Suisse poussés par la pauvreté. Souvent, ils ne s’enrichissent pas dans leur nouvelle patrie, leur situation économique ne s’améliore que pour la deuxième ou troisième génération.

Colonie de San Carlos, 1883 | Schweizerisches Wirtschaftsarchiv, Basel

Cette photographie montre d’une part les conditions de vie difficiles des colons, d’autre part elle cimente l’idée d’un pays vaste et inhabité. On n’y voit pas que les colons s’établissent sur des terres périodiquement habitées par la population indigène, qui est chassée par la force.

Et aujourd’hui?

À la fin du 19e siècle, l’État chilien conquiert de vastes régions du sud du Chili actuel, où le peuple Mapuche vit de manière autonome. Les Mapuches sont assassinés, expropriés ou privés de leurs droits. Leurs terres sont distribuées aux colons européens, parmi lesquels la famille Luchsinger, originaire d’Engi (GL).

À ce jour, les Mapuches se battent toujours pour obtenir la restitution de leurs terres, y compris celles appartenant aux descendants et descendantes de la famille Luchsinger, qui, de leur côté, estiment en être les légitimes propriétaires.

Missions

Depuis le 16e siècle, des missionnaires suisses sont actifs dans presque toutes les régions du monde pour apporter la foi chrétienne aux personnes qui y vivent. Une des premières et des plus grandes œuvres missionnaires évangéliques d’Europe est la Mission de Bâle.

Des missionnaires – femmes et hommes – érigent des hôpitaux et des écoles en collaboration avec les autorités locales. S’il leur arrive parfois d’être à l’origine de transformations sociales, ils entretiennent souvent une vision paternaliste de leurs relations avec la population autochtone. De retour dans leur pays d’origine, les missionnaires transmettent l’image de cultures inférieures dans les territoires colonisés.

La Mission romande

L’activité missionnaire romande débute officiellement en 1874 avec la fondation de la Mission vaudoise. Rejointe par les Églises libres genevoises et neuchâteloises, elle est rebaptisée Mission romande en 1883. Celle-ci est active au Lesotho, au Transvaal (Afrique du Sud) et au Mozambique. Elle compte des personnalités marquantes telles qu’Ernest Creux (1845-1929), Paul Berthoud (1847-1930) et Henri-Alexandre Junod (1863-1934). Outre leur implication dans les œuvres inhérentes à la mission, lesquelles incarnent inévitablement une forme d’impérialisme culturel, ils se sont également intéressés aux cultures locales, réalisant des recherches linguistiques ou ethnologiques.

Carte postale Mission suisse romande de Transvaal. Chapelle d’Elim, vers 1885 | Patrick Minder, Fribourg

Quatre pasteurs au Transvaal

La Mission suisse romande forme des pasteurs autochtones. Cette carte postale a été envoyée par un inconnu à Môtiers (FR) au couple Jean et S. Robert. Au dos de la carte figurent les noms de (de g. à d.): MM. Malalé, Jocobus, Machao, Jonas Mapopé et Ozias Magadzi

Carte postale Mission suisse romande. Nos quatre pasteurs indigènes du Transvaal, Cliché P. Rosset, 1923 | collection P. Minder, Fribourg

Et aujourd’hui?

Depuis sa fondation, la Mission de Bâle fait aussi l’objet de critiques, qui entraîneront la fin de son travail missionnaire au milieu des années 1950. Ces critiques sont dirigées contre la pratique des conversions et l’idée de mission civilisatrice, justifiée par l’appartenance à une culture européenne prétendument supérieure à celles des peuples colonisés. 

L’historien indien Mukesh Kumar perçoit comme une des conséquences positives des missions, les institutions de santé et d’éducation qui, à de nombreux endroits, facilitent la vie de la population qui s’est convertie.

La Mission de Bâle

La Mission de Bâle est fondée en 1815 par des représentants de l’élite bourgeoise de Bâle et des piétistes d’Allemagne du Sud. Dès 1828, des missionnaires sont envoyés vers la Côte-de-l’Or (Ghana) et, dès 1834, vers l’Inde du Sud, où ils apportent une prétendue «civilisation bienfaisante». 

À partir de 1901, des religieuses sont également déléguées dans ces régions, dans l’espoir d’obtenir un meilleur «succès de conversion» auprès des femmes «païennes».

Carte mondiale des missions

La carte montre les régions du monde où les missionnaires catholiques et protestants sont actifs. Les images de «païens» illustrent le but de la mission: la christianisation du monde entier.

Carte mondiale des missions, Verlag der Missionsbuchhandlung, Bâle, 1891 | Mission 21, Bestand der Basler Mission

Activisme queer
En tant qu’artiste queer, Sandeep TK traite des tensions entre les varnas, les classes et les sexes, mais intègre également les structures de pouvoir globales issues de l’héritage du passé colonial. Les personnes queers, en particulier, quittent souvent leur village d’origine pour échapper à ces structures, au prix de l’abandon d’une partie de leur propre culture et de l’obligation de s’adapter à un nouveau mode de vie:

«Je me penche également sur les aspirations des queers des petites villes à déménager dans une plus grande ville pour faire partie de la culture urbaine et d’un réseau queer plus étendu. [...] il s’agit d’une expérience collective des queers des petites villes qui s’accompagne de difficultés liées à la confrontation à une nouvelle culture urbaine, à une nouvelle langue et à de nouvelles façons de s’adapter à la vie de la ville.»

Photo: médias sociaux de l’artiste

Série de photos «Let me add something in my own melody»
Au cours de son processus de création, l’artiste réalise que les personnes sur les photos conservées aux archives de la Mission de Bâle sont souvent montrés de manière passive, sans autodétermination et sont dépendantes de la personne qui prend la photo. Il fait le lien entre la position passive des personnes sur les photographies et les histoires de ses ancêtres dans l’environnement de structures coloniales. Il décide alors de raconter ces histoires différemment et de se photographier lui-même pendant le processus. Avec ses autoportraits, il crée ses propres images du passé, de nouvelles images qui montrent une personne autonome –lui-même.

La série de photos montre l’artiste dans des poses mises en scène, racontant les histoires de sa grand-mère, de son père et de lettres de l’époque de la Mission de Bâle.

«La Mission de Bâle est venue à Malabar dans le but de diffuser des messages chrétiens. Pour atteindre leur objectif, ils (les missionnaires) ont créé des écoles, des tuileries et des ateliers de tissage afin d'employer des personnes issues des communautés les plus défavorisées.»

Extrait de la série «Let me add something in my own melody», 2020 | Courtesy of Sandeep TK

Recherches à la Mission de Bâle
«Il y a quelques années, dans le cadre d’une résidence de Pro Helvetia, j'ai eu l’occasion de passer quelque temps aux archives (de leur mission) de Bâle. [...] La Mission de Bâle était une œuvre missionnaire chrétienne, une entreprise européenne avec toutes les connotations impériales de l’époque. Mais ils (les missionnaires) avaient apporté un regard neuf sur la région et pu constater la réalité de la situation des castes intouchables: l’oppression. Dans la mesure où ils ont pu apporter leur aide, les gens leur en ont été reconnaissants, même si leur action était motivée par la ferveur de la conversion religieuse et de la mission civilisatrice. En tant que personne issue de ces mêmes castes intouchables, affecté par la Mission de Bâle, et d’une famille qui ne s’est pas convertie, j’ai eu une réaction complexe tout à fait compréhensible à leur héritage dans mon pays d’origine.»

Citation extraite de: Reading the Body: In Conversation with Sandeep TK, MALLIKA VISVANATHANFEB 26, 2024, Asap Art, alternative South Asia Photography

Photo: médias sociaux de l’artiste

Opportunités de carrières

Dès le milieu du 19e siècle, des «experts» suisses travaillent au service des puissances coloniales: des géologues cherchent du pétrole, des ingénieurs construisent des ponts, des fonctionnaires perçoivent des impôts. Leur savoir-faire est mis au service du développement et de l’administration des colonies.

Des Suisses sont employés, entre autres, dans l’État indépendant du Congo, où ils contribuent au pillage du pays. Dans le Sud-Ouest africain allemand, l’actuelle Namibie, l’ingénieur Victor Solioz (1857–1921) construit une ligne de chemins de fer destinée au transport de minéraux. L’opposition locale à cette entreprise est réprimée par des massacres, aujourd’hui reconnus comme un génocide.

Critique 

Le Neuchâtelois Daniel Bersot (1873–1916) travaille en 1897-1898 pour trois mois comme fonctionnaire dans l’État indépendant du Congo. À son retour, il critique le colonialisme et raconte dans son livre les mauvais traitements infligés à l’aide de la «chicote», un fouet en peau d’hippopotame utilisé par exemple en cas de récolte insuffisante de caoutchouc. Le livre contient toutefois également des déclarations racistes.

«Sous la chicote! ces trois mots résument l'histoire du centre africain pendant le dernier quart de siècle; ils caractérisent le régime d'oppression, d'impitoyable exploitation auquel est soumis un immense pays; ils renferment toute la vie de crainte et de labeur des n— du Congo.»

Sous la chicote, Daniel Bersot, Genève, 1909 | Patrick Minder, Fribourg

Tentative de justification
Erwin Federspiel (1871–1922) s’engage en 1898 pour dix ans dans la Force publique, troupe militaire et de police de l’État indépendant du Congo, qui réprime la résistance de la population locale avec une extrême violence. Impliqué lui-même dans la collecte des impôts au temps des exactions commises dans l’État indépendant du Congo, Federspiel minimise et justifie les faits dans un écrit.

Wie es im Congostaat zugeht (Ce qui se passe au Congo), Erwin Federspiel, Zurich, 1909 | Zentralbibliothek Zürich, Bro 12780

«L’apéro au Congo B and W»

La légende de cette photo, une allusion à la marque de whisky «Black & White», ainsi que l’attitude des fonctionnaires coloniaux et des serviteurs congolais en arrière-plan reflètent les rapports de pouvoir inégaux dans le système colonial.

Tirée de la collection du postier suisse Paul Moehr dans l’État indépendant du Congo, cette photo témoigne de l’ordre social raciste. Alors qu’ils sont de «simples» fonctionnaires en Suisse, certains individus connaissent une ascension sociale dans les colonies. Beaucoup abusent de leur position de force et participent aux atrocités commises envers la population congolaise. 

«L’apéro au Congo B and W», Paul Moehr, État indépendant du Congo, vers 1903–1908 | Fonds Paul Moehr, collection P. Minder, Fribourg.

Exploitation de la nature

Le colonialisme européen va de pair avec une transformation profonde et la destruction des paysages, de la flore et de la faune. Son impact sur le climat est encore perceptible à ce jour.

Les colonies servent à fournir des ressources naturelles supposément inépuisables. Leur demande augmente fortement avec l’industrialisation de l’Europe. Des Suissesses et des Suisses aussi se rendent coupables de cette exploitation de la nature en pratiquant l’économie intensive de plantation ou la chasse au gros gibier, comme le montrent des exemples provenant de Sumatra et d’Afrique de l’Est.

«Début d’une plantation»

Les photos d’albums des planteurs suisses montrent des forêts défrichées. L’économie de plantation coloniale à Sumatra entraîne la perte d’immenses forêts. Le bouleversement radical subi par la nature est considéré comme nécessaire pour accroître les profits.

Album, Sumatra, vers 1880–1900 | Musée national suisse

Biodiversité menacée

Les colonies sont exploitées comme des réservoirs de ressources naturelles considérés inépuisables. L’expansion des surfaces cultivées va de pair avec la disparition de biotopes. La biodiversité diminue fortement. La déforestation a un impact négatif sur le climat. 

Planteur devant un champ défriché, Sumatra, fin du 19e siècle | Museum Heiden, Nachlass Traugott Zimmermann

Résistance

Violence et confrontation sont indissociables de l'économie de plantation. Cette lettre au planteur zurichois Carl Fürchtegott Grob (1830-1893) illustre la résistance locale. L’expéditeur menace de mettre le feu si ses conditions ne sont pas remplies.

Lettre de menace avec inscription en langue Batak, Sumatra 1875–1880 | Völkerkundemuseum der Universität Zürich, Inv.nr. VMZ 01006, © Kathrin Leuenberger

La chasse au gros gibier

En 1923-1924, Vivienne et son père Bernhard von Wattenwyl partent pour l’Afrique de l’Est afin d’y organiser un safari et, sur mandat du Musée d’histoire naturelle de Berne, de collectionner des trophées de chasse. Sur un territoire correspondant au Kenya et à l’Ouganda actuels, ils abattent d’innombrables animaux. Ceux-ci sont ensuite naturalisés et exposés dès 1936 au musée dans des vitrines recréant des biotopes stéréotypés. Ces dioramas façonnent, au fil des générations, la perception d’un continent africain «sauvage».

Kenya, Vivienne von Wattenwyl, 1923 | Naturhistorisches Museum Bern

Chasse aux rhinocéros

 

Le 17 décembre 1924, Vivienne abat un rhinocéros dans la réserve de « Rhino-Camp ». Dans ses mémoires, elle écrit : « [...] il n’y a guère de créature plus inoffensive que le rhinocéros blanc, ni de gibier plus facile à abattre. La difficulté consistait à repérer un spécimen de valeur et, plus encore, à récupérer la peau entière [...] ». Avec l’aide de personnes des environs, elle travaille pendant des jours à la conservation de l’animal.

 

Rhinocéros sur le lieu de l’abattage, Ouganda, Vivienne de Watteville, 1924 | Naturhistorisches Museum Bern

Taxidermie

En 1924-25, le Musée de Berne reçoit les peaux et les os de 53 espèces et 134 spécimens, dont les parties conservées du rhinocéros abattu par Vivienne de Watteville. Pour exposer les animaux, le taxidermiste Georg Ruprecht (1887-1968) les fait apparaître de façon fidèle et vivante, conformément à l’état des connaissances de la taxidermie de l’époque.

 

Dermoplastie de rhinocéros (rhinocéros blanc du sud de l’Afrique du Sud de 1859), Berne, vers 1930 | Naturhistorisches Museum Bern

Et aujourd’hui?

Le colonialisme constitue aussi un facteur du changement climatique. Nocive pour l’environnement, l’économie de plantation ainsi que l’extraction des matières premières engloutissent encore aujourd’hui d’immenses surfaces forestières. La déforestation rejette le carbone stocké par les plantes dans l’atmosphère, contribuant considérablement à l’effet de serre.

Les anciennes colonies sont particulièrement impactées par le changement climatique, comme l’élévation du niveau de la mer ou les sécheresses. Des activistes et des organisations internationales réclament en réaction une justice climatique.

Le racisme

Jusqu’à la fin du 17e siècle, la prétendue supériorité de la culture chrétienne est considérée comme une expression de l’«ordre divin». Dans le sillage du siècle des Lumières, celui-ci est toutefois remis en question.

Au tournant du 19e siècle, des scientifiques formulent en Europe des «théories raciales» pseudo-scientifiques qui ne justifient plus la prétendue supériorité de la «race blanche» par la religion, mais par des facteurs «naturels» incluant des caractéristiques physiques, telles que la structure des cheveux, la couleur des yeux ou la forme du crâne. Ces «théories raciales» contribuent fortement à légitimer la domination impériale et l’exploitation des «races étrangères» dans les colonies.

Aujourd’hui, l’idée de «races humaines» est officiellement réfutée, notamment grâce à la recherche génétique.

Le racisme et la science

Vers 1900, les universités de Zurich et de Genève deviennent des centres internationaux de l’ «anthropologie raciale». Des «chercheurs en morphologie raciale» mesurent les crânes de personnes provenant du monde entier et les subdivisent en «races». La méthode de l’École zurichoise, en particulier, devient, dès les années 1920, un standard reconnu à l’échelle internationale.

Ces études servent aussi à protéger une «race blanche» prétendument menacée. En Suisse, la «théorie raciale» et l’eugénisme, à savoir l’étude et la mise en œuvre de méthodes ayant l’ambition «d’améliorer» l’espèce humaine par une sélection génétique au détriment de certains groupes de la population jugés indésirables, sont encore sporadiquement enseignés jusque dans les années 1960.

Mesure

L’Institut d’anthropologie de Zurich acquiert une triste notoriété pour ses méthodes de mesure du corps humain – par exemple de crânes. Ces méthodes et les instruments de mesure sont développés et testés dans les colonies.

Compas de mesure, Siber Hegner& Co. AG, Zurich, vers 1960 | Institut für Medizingeschichte, Universität Bern

Chercheurs suisses sur les «races humaines»

Un professeur de Harvard très influent

Le zoologiste, paléontologue et glaciologue Louis Agassiz (1807–1873) émigre aux États-Unis en 1846 et devient l’un des principaux adversaires de la théorie de l’évolution de Darwin. Dans sa théorie de la hiérarchie des «races», l’humanité se divise selon un ordre bien défini, la «race blanche» étant selon lui supérieure à la «race noire». Agassiz rejette le «mélange des races»: il considère les personnes «métisses» comme inférieures et veut obliger l’État américain à appliquer un principe de ségrégation raciale et spatiale et à accélérer la disparition des personnes «métisses».

La demande de changement de nom de l’Agassizhorn est rejetée par le Conseil fédéral en 2007 ainsi que par les trois communes de Grindelwald, Guttannen et Fieschertal en 2010 et 2020. À Neuchâtel, en revanche, la place «Espace Louis-Agassiz» est rebaptisée «Espace Tilo-Frey» en 2019.

Carte de visite de Louis Agassiz, William Shaw Warren, vers 1865, via Wikimedia Commons

Théorie de l’évolution comme pierre angulaire

Carl Vogt (1817–1895), partisan résolu du polygénisme, théorie qui divise l’humanité en races d’origines différentes, affirme que les hommes ont évolué non pas à partir d’un seul, mais de plusieurs grands singes semblables à l’être humain. Il en conclut que les personnes noires, en particulier les femmes, présentent un degré d’évolution moindre. Selon Vogt, c’est en particulier la forme du cerveau et du crâne qui permet de déduire que les plus grandes différences ne sont pas entre les personnes noires et les personnes blanches, mais entre les sexes d’une même «race». De 1839 à 1844, il est assistant de Louis Agassiz à Neuchâtel et en 1873 co-fondateur de l’Université de Genève.

Carl Vogt, K.K. Hofphotograph, Vienne, vers 1860 | The New York Public Library

Stricte séparation des «races»

Le médecin Auguste Forel (1848–1931) défend les conceptions de l’eugénisme et soutient la préservation et la promotion de l’homogénéité de la race blanche. Ses idées eugéniques et racistes se reflètent dans le discours suisse des sciences naturelles qui justifie les prétentions de supériorité coloniales.

Auguste Forel, dans: Clark University, 1889-1899, decennial celebration, Worcester, Mass, 1899 | Internet Archive

"Supériorité naturelle"

L’ingénieur en mécanique Julius Klaus (1849–1920), darwiniste convaincu, croit à la supériorité et à l’infériorité génétiques des «races humaines». La race blanche est par nature supérieure à toutes les autres. Klaus justifie ainsi le colonialisme. Grâce à son apport financier d’environ 1'275'000 francs, la fondation Julius Klaus est créée en 1922. On estime aujourd’hui qu’elle a servi de «catalyseur» à la génétique et à la recherche raciale.

Julius Klaus, règlement de la Fondation Julius Klaus, Zurich, 1925 | Wellcome Collection

Hiérarchie des «races»

Entre 1880 et 1910, le zoologue Emile Yung (1854–1918) formule de nombreuses théories d’anatomie comparée entre les différentes «races» humaines et les singes. De manière similaire aux théories de Carl Vogt, la hiérarchisation qu’il établit ne se limite pas aux «races», mais s’étend aussi au sexe et à la classe sociale. Yung procède aussi à des mensurations sur les corps de personnes noires exhibées dans le «Village Noir» de l’Exposition nationale suisse de 1896.

Emile Yung, Jean Lacroix, Genf | Bibliothèque de Genève

«Hygiène raciale» et éthique

Le psychiatre Paul Eugen Bleuler (1858–1939) se réfère dans ses recherches, comme la plupart des psychiatres universitaires de son temps, à la théorie de la dégénérescence, selon laquelle les maladies mentales doivent être considérées comme une sorte de «dégénération». Cette théorie se mêle à des idéologies eugénistes et plus tard «d’hygiène raciale». Dans esssai Die naturwissenschaftlichen Grundlagen der Ethik (1936), il affirme la nécessité d’une hygiène raciale stricte comme base d’un ordre social cohérent.

Paul Eugen Bleuler, vers 1910 | ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv, Portr_09914

Politisation de «l’hygiène raciale»

Ancien élève d‘Auguste Forel, Ernst Rüdin (1874–1952) est co-fondateur de la revue «Archiv für Rassen- und Gesellschaftsbiologie», éditée par l'Allemand Alfred Ploetz. Dans cette revue militante consacrée à «l’hygiène raciale», Rüdin considère que les prestations scolaires de la population américaine noire sont «un danger à ne pas sous-estimer pour la race blanche» et met en garde contre «un mélange avec le sang blanc». En 1905, il fait partie des membres fondateurs de la «Société d’hygiène raciale» présidée par Alfred Ploetz.

Ernst Rüdin, tiré de: Erblehre und Rassenhygiene im völkischen Staat, Ernst Rüdin, Munich, 1934 | Zentralbibliohthek Zürich, JKS A 1292

Antisémitisme pseudo-scientifique

George Montandon (1879–1944) devient célèbre dans toute l’Europe après avoir formulé en octobre 1940, à la suite de la capitulation de la France, des «thèses raciales» antisémites dans son ouvrage Comment reconnaître le Juif?. De 1941 à 1942, ses «thèses raciales» sont mises en pratique dans le Reich allemand. En France, Montandon travaille pour les nazis en qualité d’«expert racial pour les questions juives».

George Montandon, Neuchâtel, 1913 | Zentralbibliothek Zürich, BR 435

Pour la préservation de la «race blanche»

En 1921, l’anthropologue Otto Schlaginhaufen (1879–1973) est l’un des fondateurs de la Fondation Julius Klaus pour la recherche sur l’hérédité, l’anthropologie sociale et l’hygiène raciale, visant à préparer et à mettre en œuvre les «réformes pratiques pour l’amélioration de la race blanche». Dans le but de créer les bases d’une typologie raciale de la population suisse, Schlaginhaufen mesure les crânes de personnes asiatiques et dirige le premier grand projet eugénique suisse qui procède à des mensurations anthropologiques sur plus de 35'000 recrues entre 1927 et 1932.

Otto Schlaginhaufen, Franz Schmelhaus, Zurich, 1914 | Universitätsarchiv Zürich, UAZ AB.1.0873

Nouvelle autorité pour la « recherche raciale » suisse

Marc-Rodolphe Sauter (1914–1983) est un élève de l’anthropologue genevois Eugène Pittard (1867–1962) et lui succède à la chaire d’anthropologie à Genève. Sauter veille à ce que la «recherche raciale» reste plusieurs décennies dans l’agenda de l’anthropologie genevoise. Ses travaux de recherche visent à classifier la population européenne en différentes «races» dans le but de conférer une nouvelle autorité à la «recherche raciale» suisse après la Seconde Guerre mondiale.

Marc Roldolphe Sauter, avant 1952 | Bibliothèque de Genève

Le racisme structurel aujourd’hui

Le racisme structurel, qui émane de normes et d’institutions, consiste en une situation défavorisée au niveau de l’instruction, de l’accès aux soins, de la recherche d’un logement et d’une activité professionnelle ainsi qu’en un «profilage racial», à savoir les contrôles policiers basés sur la couleur de la peau.

En 2022, l’étude de référence du Service de lutte contre le racisme SLR en Suisse, qui repose sur les témoignages récoltés, montre que les personnes originaires de l’Europe du Sud-Est, les personnes noires et les minorités religieuses sont exposées à une discrimination structurelle.

Les formes du racisme au quotidien

Au début du 20e siècle, l’émergence de la publicité et les «zoos humains» témoignent de l’image stéréotypée associée aux personnes provenant des territoires coloniaux. Les représentations racistes infusent toute la société et se retrouvent dans différents médias, y compris dans des livres scolaires ou pour enfants.

La diffusion de stéréotypes et de préjugés a pour conséquence que certains groupes sont perçus en Suisse comme étrangers. Parmi eux figurent les personnes noires et musulmanes, mais aussi les membres des communautés rom, sinti et yéniche ainsi que la population juive. Leur quotidien est marqué par des formes de racisme, d’antisémitisme et de discrimination.

Le Village noir: un «zoo humain»

Le Village noir de l’Exposition nationale de 1896 à Genève présente 227 personnes originaires de l’actuel Sénégal. En Suisse, de telles mises en scènes ont lieu jusque dans les années 1960. Les personnes exhibées sont présentées comme inférieures et «non-civilisées», selon les prismes racistes de l’époque.

Affiches Camis, «Villages N-» de l’Exposition nationale suisse, 1896 | Bibliothèque de Genève

Manque de respect

Les personnes exhibées sont offertes à la curiosité du public qui peut déambuler librement dans le Village. Pour de nombreux visiteurs et visiteuses, cet évènement constitue la première rencontre de leur vie avec des personnes noires. Elles sont à ce titre constamment sollicitées, importunées, parfois même molestées. Le Freitags-Zeitung publie un des rares articles critiquant le manque de respect de certains membres du public, repris en Romandie par L’Helvétie: «on est vraiment confus en constatant l’indélicatesse et le manque de tact de certains Européens soi-disant civilisés». 

Antoine Chevalley, Exposition Nationale: parc de Plaisance (Village Noir), 1896. Photographie | Bibliothèque de Genève

Une illusion vivante

Conçu avant tout comme un divertissement, le Village noir présente des évènements spéciaux, telle la fête religieuse musulmane dite du « Tabaski » ou le baptême d’un nouveau-né, qui constituent autant d’opérations commerciales. Le décor du Village, notamment la mosquée en son centre, doit donner l’illusion d’une rencontre authentique, alors même qu’il s’agit d’une projection de la réalité perçue par les colonisateurs et partagée a priori par le public.

Émile Pricam. « La Mosquée du Village n- », photographie, 1896| Bibliothèque de Genève

Deux villages en opposition

Le Village noir côtoie une autre grande attraction de l’Exposition nationale de 1896: le Village suisse, qui met en scène une identité nationale suisse commune. Celui-ci donne à voir un pays peuplé de personnes travailleuses, menant une vie simple et harmonieuse dans un décor alpestre. L’image d’une Afrique «exotique» et «non civilisée» se construit également par cette opposition.

 

Édition par N. Haussmann. Publicité pour le Village noir, 1896 | Bibliothèque de Genève

Un «village africain» à Lausanne

Peuplé de 70 à 100 personnes de Guinée et du Sénégal, alors colonies françaises, le village est censé représenter le continent africain effaçant toute particularité régionale ou culturelle. Les personnes exhibées sont perçues par le prisme de stéréotypes racistes.

André Kern, Village africain du Comptoir suisse, 1925 | Musée Historique Lausanne

Continuités coloniales

Renversement d’un monument | © Musée national suisse

Renversement d’un monument

En 2021, l’artiste genevois Mathias C. Pfund installe une version réduite la tête à l’envers d’une sculpture de David de Pury (1709–1786), impliqué dans le commerce triangulaire et donc dans la traite des personnes réduites en esclavage, à côté de la statue originale de 1855.

Mathias C. Pfund, Great in the concrete, ex. 2/5, 2022, bronze | Musée national suisse

Plus d'informations: Whitey on the Moon & La tête dans le socle

Agassiz, la tête en bas

En 1906, un tremblement de terre à San Francisco est si violent que la statue de Louis Agassiz tombe de la façade de l'université Stanford. Le naturaliste et glaciologue suisse, qui a également développé des théories racistes aux États-Unis, atterrit la tête en bas et s'enfonce dans le sol. Cet événement est interprété des années plus tard comme un geste symbolique de la nature, et l'image d'Agassiz enfoncé dans le sol est utilisée dans la campagne Demounting Agassiz.

Sculpture de Louis Agassiz renversée par le tremblement de terre, Antonio Frilli, Université de Stanford, San Francisco, 1906 | Article de journal «The Fall of Agassiz at San Francisco», The Sphere, 1906 

Statue de David de Pury

Le Conseil communal de Neuchâtel lance en 2022 un appel à projets artistiques, dont Mathias C. Pfund est le co-lauréat. En se basant sur la photo représentant la sculpture renversée d’Agassiz, il remet en question la statue du banquier et négrier David de Pury (1709–1786). L’intention de l’artiste, au travers de cette œuvre, n’est pas de forcer un rapprochement historique entre les biographies de ces deux personnages, mais plutôt de mettre en lumière la manière dont les «grands hommes» sont représentés dans l’espace public.

L’artiste qualifie sa version réduite renversée de la sculpture de note de bas de page afférente à la statue érigée pour de Pury dans l’espace public.

Mathias C. Pfund, Great in the concrete, 2022, Bronze

Restitutions

Depuis les années 1970, les pays anciennement colonisés demandent la restitution des biens culturels et des restes humains qui leur ont été volés. Ce n’est que depuis quelques années que l’examen des collections muséales issues de contextes coloniaux a commencé et fait l’objet de débats publics. En 2023, le Conseil fédéral a créé une Commission indépendante pour le patrimoine culturel au passé problématique.

Les musées abordent aujourd’hui les questions relatives à la décolonisation: ainsi, la recherche de provenance et la restitution des objets est à l’agenda de plusieurs institutions suisses.

L’installation vidéo

Que signifie l’héritage colonial pour la Suisse actuelle ? L’installation vidéo met en scène, sous la forme d’un podium, les débats sociaux actuels reflétant diverses positions et perspectives.

Les sujets débattus sont:

  • Traces coloniales et angles morts
  • Héritage colonial et culture mémorielle
  • Responsabilité historique et réparation

Diverses personnes issues du domaine concerné prennent la parole.

Biographies des intervenant-e-s

Mischa Hedinger est cinéaste. Poussé par la question de savoir quelles constructions et quels récits ont façonné son image de l'Afrique, il a réalisé en 2019 le documentaire «African Mirror». Dans ce film, Hedinger montre, à l'aide des archives de René Gardi, comment ce dernier a fortement influencé l'image du continent africain en Suisse en tant que continent des aspirations occidentales, et comment les images ambivalentes de Gardi reflètent souvent l'idée d'une supériorité européenne. Le film révèle que la création d'images est une forme de colonialisme qui perdure encore aujourd'hui.

Tarek Naguib se consacre à la recherche sur le droit antidiscrimination. En tant que juriste, il examine les traces coloniales dans le droit suisse, que Naguib considère comme un miroir des relations sociales, mais qui façonne également ces relations. Il est co-fondateur de l'Institut Neue Schweiz INES, de l'Alliance contre le profilage racial ainsi que de l'initiative Aktion Vierviertel. Actuellement, il travaille comme coordinateur de la plateforme des ONG pour les droits humains en Suisse, une coalition de plus de 100 organisations de la société civile qui se mobilisent ensemble pour le renforcement des droits humains dans les politiques intérieure et extérieure de la Suisse.

Anja Glover est sociologue, autrice, podcasteuse, experte en racisme, coach en diversité et entrepreneure sociale. En tant que conférencière expérimentée sur des sujets tels que l'antiracisme, la production durable de cacao, la réévaluation du colonialisme et d'autres domaines de justice sociale, Glover donne des conférences instructives qui visent à sensibiliser, à motiver à l'action et à promouvoir des changements durables dans les entreprises, les établissements d'enseignement et la société. Les conférences d'Anja Glover s'appuient sur des résultats de recherche et des expériences réelles, avec lesquelles elle souhaite informer et inspirer son public à réfléchir. De plus, Glover est la fondatrice du Schoggifestival Schweiz, co-fondatrice de la Paname Academy ainsi que du Good Chocolate Hub et co-commissaire de l'exposition «Blinde Flecken – Zurich et le colonialisme» (2023).

Kanyana Mutombo, Politologue, docteur ès relations internationales (Graduate Institute of international studies, Genève) est consultant et expert international sur les questions de racisme et de discrimination, il a été en charge du Programme de l’UNESCO de lutte contre le racisme et discrimination.. Il a développé des modules de formation novateurs mettant l’accent sur la centralité de l’Ubuntu (Humanisme’ dans les langues Bantu) et la déconstruction des concepts coloniaux. Secrétaire général du CRAN-Observatoire du racisme anti-Noir en Suisse, co-fondé en 2002, il est également co-fondateur et directeur de l’Université populaire africaine (UPAF, créée en 2008 à Genève), après avoir co-fondé et dirigé la revue Regards Africains (1986–2005).

Martine Brunschwig Graf a été présidente de la «Commission fédérale contre le racisme» (CFR) de 2011 à 2023. Sous sa présidence a été publiée le no 47 de la revue Tangram consacré à l’héritage colonial de la Suisse, pour lequel elle a par ailleurs rédigé l’éditorial. 

L'objectif de ce numéro de Tangram est d'aborder l'histoire coloniale de la Suisse et ses continuités avec différentes approches et sous différents angles et, en fin de compte, d'attirer l'attention sur les lacunes qui doivent encore être comblées dans la science, l'enseignement et notre compréhension générale de l'histoire.

Née d'un père congolais et d'une mère suisse, la journaliste et réalisatrice Rachel M'Bon a été indirectement touchée par le colonialisme, mais directement par ses traces en Suisse sous forme de racisme et de discrimination. Selon elle, le racisme est étroitement lié aux imaginaires coloniaux qui sont encore ancrés dans la mémoire collective. Avec Juliana Fanjul, la journaliste a réalisé le documentaire «Je suis Noires», dans lequel elle donne la parole a six femmes noires suissesses qui répondent à sa quête identitaire en partageant leur expérience du racisme structurel en Suisse et leur lutte pour la reconnaissance sociale. Rachel M'Bon est également la fondatrice de l'association «Now We Are Rising» (NWAR).

Matthieu Gillabert est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Fribourg et enseigne à UniDistance Suisse. Il a publié de nombreux travaux sur les échanges culturels pendant la guerre froide, la diplomatie culturelle et scientifique et les relations entre le bloc socialiste et les pays postcoloniaux dans le domaine culturel et éducatif. Il a également effectué des recherches sur l’espace francophone dans une perspective postcoloniale. Il s’intéresse à l’histoire et à la mémoire du passé colonial de la Suisse, notamment de la ville de Neuchâtel, et est co-auteur du parcours connecté «Neuchâtel, empreintes coloniales» qui s’inscrit dans le prolongement des actions entreprises par la Ville pour mieux faire connaître l’histoire coloniale et favoriser une plus grande inclusion de toutes et tous dans l’espace public.

Rachel Huber est docteure en histoire. Elle est co-auteure de l’étude «Culture de la mémoire de la ville de Zurich», commandée en 2023 par le département présidentiel. Cette évaluation offre un aperçu des différent·e·s acteur·rice·s culturel·le·s de la mémoire issus de la société civile, des sciences, de la culture, des médias, ainsi que de la politique et de l'administration, qui ont contribué aux images de l'histoire de Zurich. Elle montre que de nombreux·ses acteur·rice·s historiques ont été omis dans l'historiographie actuelle, et par conséquent, l'histoire plurielle que Zurich possède n'est pas pleinement représentée. L'étude vise à élargir le cadre de discussion sur qui et comment on se souvient dans l'espace public, en offrant des possibilités de conception pour les cultures de la mémoire.

Denise Tonella est directrice du Musée national suisse depuis 2021. Auparavant, elle était historienne, conservatrice et cheffe de projet pour de nombreuses expositions, notamment sur la Renaissance, l’histoire du Moyen Âge, l’exposition permanente «Histoire de la Suisse» ou encore l'exposition temporaire «Femmes.Droit» au Musée national suisse. Elle enseigne régulièrement dans des universités et participe en tant que spécialiste de l’histoire suisse et de l’histoire des femmes à de nombreux comités d'expert·e·s.

Esther Tisa Francini est historienne et responsable des archives et de la recherche sur la provenance au Musée Rietberg de Zurich. Elle est également commissaire d'expositions, dont la plus récente, «Les chemins de l'art – Comment les objets arrivent au musée» (2022-2024). De 2021 à 2024, elle a été co-directrice avec Michaela Oberhofer de l'«Initiative Bénin Suisse» soutenue par l'Office fédéral de la culture, qui a examiné la provenance, c'est-à-dire l'origine, des objets provenant du Royaume du Bénin dans huit musées suisses. Les recherches, menées en collaboration avec des expert·e·s nigérian·e·s, ont non seulement exploré le lien entre le pillage britannique de 1897 au Bénin et les œuvres présentes en Suisse, mais aussi clarifié la signification et la fonction des objets. En outre, il s'agit aussi de discussions sur l'avenir des collections et de projets communs avec le Nigéria, ainsi que des processus de négociation concernant les demandes de restitution.

Davide Rodogno est professeur au département histoire et politique internationales à l'IHEID, l'Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Il étudie l'histoire des fondations philanthropiques et la santé publique internationale depuis le 19e siècle. En mars 2022, mandaté par la ville de Genève, Rodogno et le professeur Mohamed Mahmoud Mohamedou ont publié une étude sur le passé colonial de la ville. Ils y présentent une cartographie qui montre pour la première fois un inventaire comparatif et historique des monuments et de l'héritage du racisme, du colonialisme et de l'esclavage dans l'espace public de la ville de Genève.

Alec von Graffenried est président de la ville de Berne depuis 2017. Il s'intéresse à l'étude de l'implication de l'Ancienne Berne dans l'exploitation coloniale mondiale et dans la traite transatlantique des esclaves. Sur la base de ces résultats de recherche, l'histoire de l'ancienne Confédération au 17e et 18e siècles doit être en partie réécrite et réévaluée. Pour notre époque, il demande des règlements contraignants pour la responsabilité des entreprises dans leurs relations commerciales internationales (responsabilité des multinationales).

Nicole Baur est membre du Conseil communal de la Ville de Neuchâtel depuis 2021. Avec ses collègues, elle travaille à mieux faire connaître le passé colonial de sa ville auprès de la population et à rendre l’espace public plus inclusif. Ces démarches, nées en 2020 à la suite des manifestations «Black Lives Matter», avaient débouché sur deux pétitions adressées aux autorités, l’une demandant le retrait de la statue de David de Pury, l’autre exigeant le «respect de notre histoire». Des pétitions aujourd’hui classées.

Fabio Rossinelli est docteur en histoire depuis 2020 et travaille sur différents projets soutenus par le Fonds National Suisse, tout en étant chargé de cours à l’Université de Lausanne. Ne se limitant pas aux archives européennes, Rossinelli étudie le rôle de la Suisse dans l'impérialisme colonial du 19e siècle, notamment en Afrique subsaharienne. Il a publié plusieurs travaux dans lesquels il explore la question des interdépendances globales de l'État, dont une monographie sur les relations helvético-congolaises. Il accorde une importance particulière à la prise en compte des récits, des connaissances, des méthodes et des sources locales. Il est en outre co-commissaire de l'exposition «Mémoires. Genève dans le monde colonial» au Musée d'ethnographie de Genève.

Rita Kesselring est docteure en ethnologie et professeure associée en études urbaines à l'Université de Saint-Gall depuis 2022. Elle s'intéresse aux dépendances asymétriques mondiales, à leurs conséquences dans le Sud global et aux possibilités de changement. Dans sa thèse, Kesselring a étudié le recours juridique comme moyen de réparation en prenant l'exemple des victimes de l'apartheid et de leurs recours collectifs contre des entreprises occidentales. Kesselring, qui a vécu en Zambie pour son habilitation, a étudié la vie dans la ville minière de Solwezi en Zambie, non loin de la plus grande mine de cuivre d'Afrique, et comment celle-ci est liée au marché suisse des matières premières. Elle est membre de KEESA (Campagne pour l'annulation de la dette et des réparations en Afrique australe) et co-signataire de SCORES (Comité suisse pour les réparations de l'esclavage).

Rohit Jain est anthropologue social et chercheur artistique. Il est chargé de cours à l'université de Berne avec des spécialisations en migration, postcolonialisme, racisme, ainsi qu'en culture populaire publique et mondiale. Il a également mené des recherches et publié sur la politique de la diaspora indienne, la citoyenneté urbaine, le commerce de l'or, la politique de la mémoire et la participation culturelle. Dans ses recherches et ses interventions politiques, il collabore avec des communautés, des artistes, des chercheurs et des organisations de la société civile pour rassembler et négocier des savoirs marginalisés de manière publique et pluraliste. Rohit Jain est co-fondateur de l'Institut Neue Schweiz INES, du collectif Berner Rassismusstammtisch et du projet artistique-politique à long terme «Schwarzenbach Komplex».

Sacha Zala est docteur en histoire et professeur titulaire d'histoire suisse et générale contemporaine à l'Université de Berne. Dans ses recherches, Zala examine l'intégration de la Suisse dans le système des relations internationales. Depuis 2008, il est directeur du Centre de recherche des documents diplomatiques suisses (Dodis), un institut de l'Académie suisse des sciences humaines et sociales (ASSH). L'objectif principal de Dodis est de mettre à disposition de la recherche et du public une sélection de sources officielles afin d'illustrer et de mieux comprendre les relations extérieures et les dense connexions transnationales de la Suisse.

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